De mes asperites minuit moins trois blog auteur
Observations, Pensées & confessions

De mes aspérités.

Suite à cette guerre de l’ordre et du chaos qui se jouait sur mon visage, j’eus besoin d’un élément bassement matériel qui allait sans tarder manquer à ma trousse de maquillage : du fond de teint. La profane que j’étais pénétra alors dans un de ces temples dédiés à la beauté.

Une conseillère avisée entama une démonstration dont le but était de me prouver les qualités de l’onéreux fond de teint choisi par ses soins. Elle pris mon visage pour toile et s’arma de quelques pinceaux et pigments. Quelques minutes plus tard (apparemment il y avait du travail), l’artiste cosmétique m’invita à contempler son œuvre dans un miroir.

Je me détaillai, stupéfaite. Non pas par l’embellissement effectué sur l’œuvre originelle, mais surtout car je me demandai ce qu’elle avait bien pu faire de celle-ci. L’avait-elle dissimulé dans un tiroir pendant que mes paupières étaient closes? Combien de litre de fond de teint avait-elle utilisé pour parfaire sa création? Je ne me reconnaissais plus, tant et si bien que j’hésitais à entamer les présentations avec cet autre moi.

Mes yeux, qui clignotaient faiblement derrière tous ces fards, semblaient éteints. Comme si elle avait su, par je ne sais quel mauvais sort, en ôter l’étincelle de vie qui les animait alors. L’eye-liner avait-il le pouvoir de capturer notre âme? Mon visage ne brillait plus, ce qui était l’effet recherché. J’avais le teint mat certes, mais la lumière m’avait également quitté. Elle m’avait figé, transformé en nature morte et terne.

Les grains de beauté qui ornaient mon visage s’étaient eux aussi envolés. La prestidigitatrice de haut vol, satisfaite de son labeur, vanta ma soudaine vénusté et m’incita à déclamer à mon tour des louanges. Sous le poids de la matière dispersée sur mon visage, mes lèvres s’étaient soudées. Puis, mon étonnement me donna des yeux aussi ronds que ma bouche fut bée.

Était-ce devenu cela la beauté ? Un visage lisse, uniforme, sans aspérités ?

Comment laissons-nous la société nous transformer au point que notre propre reflet nous devienne méconnaissable ?

La poupée de cire dans laquelle j’étais enfermée a enfin réussi à s’animer. Battement de cils après battement de cils, paralysés par le mascara, j’ai reconquis mon visage. Je suis sortie. J’ai frotté mes joues et me suis rendu mes imperfections et la vie qui l’accompagnait.

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