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Les Epeires Diadèmes.

Étant incapable de tout génocide et d’ailleurs de tout meurtre quel qu’il soit (elle n’est pas bouddhiste mais, sait-on jamais, mieux vaut éviter d’alourdir  inutilement son Karma), elle héberge déjà sur son balcon toutes les fourmis de son arrondissement.

Elle a depuis trois nouvelles colocataires à huit pattes, ce qui fait tout de même vingt-quatre nouvelles pattes  supplémentaires…

A défaut d’être arachnophobe, elle s’émerveille chaque matin de leur toile et chaque soir de leur taille. Elle s’extasie de leur dextérité, elle admire leur pugnacité lorsque le gros temps vient frapper leur piège de soie. Aucunement abattues, ces épeires diadèmes, reines des airs couronnées d’agilité, rafistolent ou reconstruisent leur guet-apens à leur gré.

Selon leur humeur, elles prennent leur quartier sous la feuille charnue d’un fraisier ou dentelée d »un rosier. De là, discrètes et tapies à l’ombre, elles attendent que leur toile tinte, annonce du repas. En profitent-elles pour prendre des nouvelles de leurs amies fourmis qui résident un peu plus bas ? S’échangent-elles les cancans du monde de l’air et celui de la terre ?

Elle les observe de près, elle se fait toute petite comme elles pour mieux appréhender leur univers d’éther. Elle se fait peur aussi parfois, en s’imaginant s’emmêler dans les fils tissés, la chasseresse  au galop sur sa peau tandis qu’elle pousse un cri d’effroi. Un peu masochiste, comme si cette pulsion de mort lui rappelait la vie, elle s’avance et les détaille. Elle estime que le spécimen le plus important doit mesurer sept centimètres. En réalité, si l’araignée en fait déjà la moitié elle peut prétendre à figurer dans le guinness book des records. Elle fonde une famille en désignant un papa, une maman et leur enfant fruit d’une passion imaginaire. Elle sourit de sa naïve réflexion qui ne prend pas en considération le dimorphisme sexuel et de ce fait que, dans le règne des insectes, les femelles sont habituellement plus grandes que les mâles. Une araignée a probablement été vexée dans cette histoire. Elle espère qu’elle ne lui en tiendra pas rigueur.

Les squatteuses prennent de plus en plus de place, la cohabitation devient délicate. Elles la gênent quand elle arrose les fleurs et est obligée de se livrer à des contorsions pour traverser son balcon. Elle le sait, c’est inéluctable, un jour c’est elle qui se prendra dans la toile. Elle fait part de ses inquiétudes à celui qui partage son huit lui demandant conseil pour s’en débarrasser.

Dans la soirée, les épeires diadèmes ont disparu. Ont-elles préféré quitté les lieux d’elles-mêmes ou se sont-elles retranchées chez les fourmis ? Sont-elles en train de comploter et d’organiser une frappe préventive avec leur acolyte à huit pattes du quartier ?

Les miaulements du chat viennent troubler son sommeil. Non pas que celui-ci soit perturbé par la position étrange qu’a pris sa maîtresse pour dormir et qu’il souhaiterait lui venir en aide. Non, la bête s’égosille depuis deux jours pour lui faire remarquer que sa gamelle est vide et qu’il serait de bon ton de la remplir.

Ses paupières tremblent, elle arrive enfin à les ouvrir. Elle se sent cotonneuse, le sang frappe ses tempes. Enroulée dans un gigantesque cocon de soie, la tête en bas, sa vision est floue et elle tente une difficile mise au point sur la scène qui l’entoure.

Le chat apparaît de plus en plus nettement. Ses déplacements sont maladroits.  Elle agrandit son champ de vision et s’aperçoit que la chambre est maculée de blanc, seul son lit grouille de tâches mouvantes. Les arachnides se sont mises en formation et dessinent sur ses draps un spécimen menaçant. Le message est clair, la guerre est déclarée. Elle blêmit jusqu’à se confondre avec cet environnement lactescent. Trois épeires diadèmes entament une descente du plafond pour s’arrêter devant ses yeux. La croix blanche qui orne leur abdomen ne peut être un gage de paix.

Est-il trop tard pour leur préciser qu’elle ne voulait pas attenter à leur vie mais les déplacer, afin qu’elles poursuivent celle-ci, dans un jardin plus grand ?

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