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Elucubrations, Fantasques

Fleur de bitume.

– ou Madame Macadam –

Il était une fois une petite fleur de bitume.
La graine était tombée là dans le goudron.

Elle enviait les belles des champs et celles bien nées de St germain des près qui disposaient de soleil et d’eau à volonté. Ces fleurs des beaux quartiers qui n’avaient qu’à être belles pour exister, celles qui n’avaient qu’à être contemplées parce que c’est tout ce qu’on leur demandait ; d’être là, sans bouger, décoratives et figées.

En secret, notre jolie fleur de bitume jalousait celles qui, sur le trottoir, le temps d’un instant, dans la main d’un passant, défilaient habillées des plus belles soies et la toisaient du haut de leur tige élancée. Des apparats de papier cristallisés en objet de convoitise pour le végétal du macadam qui en était privé.
Sous l’emprise du charme déposé dans leur sillage, notre fleur se laissait envouter par leur parfum raffiné. Elle aurait tant voulu se parer des mêmes coiffes de pétales dont l’aspect soigné témoignait, selon elle, de la douceur de leur vie. La fleur de bitume, quant à elle, n’avait pu se soustraire aux intempéries et pour résister aux assauts du vents et de la pluie, qui lui avaient déjà déglingué son couvre-chef, elle s’était endurcie.

Elle aurait aimé être l’une d’elle et tenait pour responsable ses racines qui la retenaient prisonnière de sa condition de béton. Trop souvent, elle oubliait la force et les valeurs qu’elles lui avaient transmises, ainsi que cette détermination qui lui avait permis de transpercer l’asphalte, de se nourrir, de pousser droite, de savoir se plier -parfois- mais de ne jamais rompre et d’apprendre à danser dans le tourbillon de la vie .

Parce qu’on lui disait que c’était ça une existence réussie, elle admirait ces reines de beauté si conventionnelles et calibrées sans malheureusement jamais éprouver les qualités de sa propre singularité. Elle ne voyait pas combien celles qui étaient condamnées à une beauté éternelle et normée pour exister, dans le regard de l’autre se perdaient en devenant jour après jour plus artificielles.

Ma chère fleur de bitume, un jour peut être, à l’instar de ton amie la Narcisse, ta beauté t’apparaitra dans une flaque d’eau. Dans ce liquide amniotique tu naitras à toi même et, loin des dictats, tu réaliseras comme à ta façon tu es belle.
En attendant, profite des étreintes du Zéphyr, du chant des étoiles, de ces choses simples qui font les bonheurs de la vie. N’envie pas tes semblables, car certaines cueillies matin seront déjà mortes demain. Et, si tu penses encore qu’il est flatteur de faire partie du sérail sache que, sans racines, dans ce bouquet, elles seront fanées avant la prochaine veillée. Quant à toi, stable, ancrée, nul ne pourra te faire vaciller.

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