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Elucubrations, Spoken word / slam

Il est venu l’heure.

Je pensais être la petite aiguille à côté de la grande. Toi, toujours rapide et moi un peu plus lente.
Si lente – lente – lente – que je n’ai pas vu que tu préférais t’enivrer au contact de secondes vagabondes.
Tous ces cinq à sept rythmés, répétés, auxquels je n’étais jamais conviée. Un temps distordu où Nous n’existe plus. Il y avait toi, moi, elle. Combien d’elles ? Surement jamais assez.

Tic – Tac – Sur la tocante, entre la trotteuse et ta toc – toc – toquée, je me demande combien de temps tu as hésité.
Tac – Tic – La tienne était rodée, ta technique éprouvée ; toujours en retard, toujours du taf. Et moi, patiemment, je t’attendais. Toi, si ponctuel, ça aurait dû m’alarmer, mais j’étais mal armée, mal barrée : l’amour rend aveugle, il parait – mais ce soir-là, c’est tes yeux que je voulais crever.
Toc – Toc – Tocard, au final il n’y a pas que les secondes que tu auras bien baisées.

Sur le garde temps, il défile.  On a beau serrer les dents, les poings, il s’écoule entre nos doigts. On voudrait croire à des encore, des toujours mais sur le cadran de nos vies, on ne se croise pas plus de deux fois par jour ; ça ne laisse pas beaucoup de temps pour s’aimer. On voulait une vie comme un modèle sans complications alors c’est les yeux fermés que l’on a regardé les phases de lune nous enchaîner. C’est la vie, les années, le poids des regrets, des phrases assassines que l’on se jure de ne plus prononcer. Toi, mon tortionnaire, moi, la meurtrière.
Meurtrie.
Meurtrie comme si c’était hier. Je me jurais d’oublier tu sais mais Tic – Tac – tu continues d’avancer et mon aiguille reste bloquée sur l’index du passé.

Je pensais que dans cette course folle contre le temps, contre tout, on se rapprocherait, qu’un jour nos aiguilles s’aligneraient. Dans les rêves que je nourrissais, mes heures et tes minutes devaient fusionner, le temps s’effacer pour devenir une boussole qui nous aurait guidée.
Au-delà de l’espace et du temps, je croyais que l’on avait des milliards de monde à explorer, parce que, toi, tu m’avais promis des univers qui nous appartiendraient.
Je pensais que l’on s’était offert l’éternité, un mouvement perpétuel, juste parce que tu me l’avais juré ; j’ai compris – trop tard – que c’était un compte à rebours, une grenade dégoupillée, que tu cachais dans ton poing fermé. Ne pas compter les jours mais chacun d’eux doit compter, c’est ce que tu me répétais. Tic – Tac – c’était du toc . Les comptes sont faits : moi, je n’ai rien calculé.

Il n’y a pas de mécanisme à remonter, tout est pété et dans mon ventre le silence d’une  horloge qui s’est arrêtée.
Je vais te quitter pour l’heure sidérale, la plus belle, celles des étoiles.
Il est minuit moins trois, ma vie sans toi. Les aiguilles sont figées.

Il est venu l’heure, l’heure d’un maintenant qui n’aura plus d’après.

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2 Commentaires

  • Répondre Marie 10 mars 2017 at 08:35

    J’adore 🙂

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