mots - minuit moins trois - blog auteure
Elucubrations, Fantasques

Mots.

Le temps, celui que l’on ne présente plus ou jamais comme il faudrait.
Ce maître du jeu qui s’octroie tous les droits dont celui de nous chasser de la partie ou d’éjecter nos alliés sans jamais nous demander notre avis.
Cet ami bienveillant aussi qui parfois guérit et c’est bien là une de ses rares qualités. Cet être aux multiples paradoxes qui tout en étant omniprésent arrive à se positionner en redoutable absent – toujours lors de journées chargées, c’est évident.
Vous pouvez toujours quémander qu’il augmente un peu sa dose de minute s’il venait à vous manquer, il ne vous lâchera même pas une seconde. Il s’en tape, il n’a pas besoin de fidéliser sa clientèle. Comme le meilleur dealer du quartier, il sait que sa came c’est de la bonne et que l’on court tous après.
Le temps est assassin dit-on, mais il est surtout radin. N’ayons pas peur des mots : le temps est un crevard, une grosse pince, dont les poches invisibles – pas celles, quant à elles tout à fait percevables, que ce malotru vous laisse sous les yeux – débordent d’oursins. Oui, le temps est un sacré salaud, ou un pervers narcissique pour être raccord avec la presse féminine actuelle, qui se joue de nous. Mais les mots n’ont pas dit leur dernier. Voilà le tableau.

Aussi, puisque le temps lui fait défaut pour qu’elle puisse se laisser vivre, goûter un peu aux joies de l’oisiveté (un concept éculé que celui de la « charge mentale » a dézingué) écrire et emmener les mots en balade, parce qu’ils n’en peuvent plus d’être claquemurer et qu’ils nourrissent des espoirs de liberté, les prisonniers de ses pensées commencent à s’échapper dès que ses paupières sont fermées.
Ici, ils s’échauffent et inventent une nouvelle fin au roman sur lequel elle s’endort. Et téméraires, ils retravaillent leur version dès qu’elle somnole.
Là, ils refont le monde et s’engagent dans un échange épistolaire d’une étrange étrangeté avec les vivants des siècles passés.
Puis, par un subterfuge, ils en viennent à chasser les rêves et défilent à leur place sur la toile tirée derrière les paupières en composant des histoires abracadabrantes pour ne pas alerter l’inconscient, premier spectateur de cette vaste fumisterie.

De nuit en nuit, l’armée des 26 alterne ses positions à la conquête de cet interstice perdu en heures de sommeil. Les nuits deviennent d’encre et nos guerriers règlent son compte au syndrome de la page blanche. Mais bientôt ce laps de temps dérobé aux songes ne suffit, ils en veulent plus, toujours plus. Ne pouvant négocier avec le temps pour qu’il rallonge les nuits, l’armée des ténèbres n’a que d’autre solution, pour agrandir son champs d’expression, que de faire sienne la journée.

Lors d’un dernier conseil de guerre, où la stratégie pour mener l’offensive est décidée, se pose tout de même la question de savoir s’ils ont misé sur le bon poulain. Après tout, ils peuvent encore changer, la bestiole poilue qui semble avoir toute autorité sur la belle, celle qui passe le plus clair de son temps à dormir et à bouffer pourrait présenter de meilleurs potentiels.

A elle, elles lui manquent pourtant ces histoires inachevées qu’elle avait sur le bout de la langue. Les mots et elle auraient pu trouver un arrangement, entamer des négociations. Mais les mots en quête de sens et d’existence ne veulent pas risqués d’être interrompus par des basses tâches professionnelles, culinaires ou ménagères. Ils ont soif de liberté et ont bien mieux à faire. Ils passent à l’attaque. Ils ont remercié Morphée et, par des sortilèges dont eux  seuls ont le secret, ont plongé leur hôte dans un sommeil sans fin ou plutôt un profond coma dont elle ne reviendra pas.
Et si vous vous approchez de ses lèvres vous entendrez les mots s’envoler dans le murmure de toutes ces histoires qu’elle voulait conter.

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