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Cosmiques, Elucubrations, Spoken word / slam

Soleil.

J’ai perdu mon soleil. Je ne sais pas quand il m’a quitté, je ne sais pas où il est allé ni même s’il me reviendra. Peut-être qu’on me l’a volé ?
C’est personnel un soleil pourtant, je ne comprends pas. Combien de temps maintenant qu’il a disparu ? Je ne sais même plus, je me suis levée un matin et il n’y avait plus rien.

Est-ce qu’il est éteint ? Est-ce que c’est à jamais ? Comment lui redonner cette envie de m’éblouir, tu le sais toi ?
Je pourrais m’en prendre une dose chaque jour, ils en vendent des mini-soleils, mais moi je n’en veux pas d’artificiel.  Il faut que je retrouve le mien parce que depuis qu’il ne brûle plus c’est moi qui me consume. Je ne pourrais pas me consumer indéfiniment et je ne suis plus sûre d’être encore capable de renaître de mes cendres. Non, cette fois, si je me couche, je ne me relève pas. Puis,  je l’aimais bien, le mien. J’ai perdu mes mots aussi, ils ont dû se barrer avec mon soleil,  j’arrive plus à les aligner, je ne suis plus à ce que je fais, pourtant des maux j’en ai par milliers.

Puis, j’en ai besoin de mon soleil. Je veux plus attendre d’avoir les yeux fermés pour rêver.
De toute façon j’arrive plus à dormir. J’ai besoin de lui pour retrouver le goût du jour, chasser l’amertume de la nuit, la morsure de l’ennui, toutes ces conneries. J’aimerais avoir envie d’ hurler que ça fait un mal de chien, mais en fait ça ne fait rien.
Sans soleil, il n’y a pas d’ombre, il n’y a pas de couleur, bienvenue dans la brume, dans la nuit, il n’y a plus rien.
On est déconnecté, débranché de la vie, de nos émotions, il n’y a rien qui pousse dans le néant. Alors on tombe dans le vide, dans cette bile noire qui nous engloutit. On se demande quand ça va s’arrêter. Parce que ça doit s’arrêter. Mais c’est une chute sans fin. On voudrait s’écraser, se satelliser en enfer parce qu’on a l’impression qu’il y a rien de pire que la paralysie des sentiments. Aller piétiner les fleurs du mal, les bouffer par les racines ou s’en faire un joli bouquet. Pourquoi pas, hein, ça serait pas mal dans le salon ; on se laisse toutes les possibilités. On veut juste fuir cette tétanie. Fuir ma nuit. Ma nuit, infinie. Mes nuits d’insomnie. On veut mettre un terme à cette litanie infecte parce qu’il y a cette urgence de vivre qui nous anime. On voudrait en sortir, on voudrait même souffrir, pour de bon, pour de vrai, mais même ça on n’y arrive pas.  Alors, on devient aigri et c’est à ceux que l’on aime que l’on fait de la peine, parce que c’est sans doute ce qu’il y a de plus facile à faire. C’est moche d’être aigri.
C’est ça qui se passe quand on a plus son soleil.

Je suis là sans l’être. Je suis lasse de l’être. Tu es où mon soleil ?
D’être nyctalope n’est pas une de mes qualités et dans la nuit je distingue mal mes désirs qui m’indiqueraient où te chercher. Je chauffe pas, je gèle sans discontinuer. Fais-moi signe, s’il te plait. Un indice, aide-moi à nous rassembler. C’est dur sans toi, il y a des jours où c’est insupportable même. Je ne capitule pas, je finirai par te retrouver, parce que l’on ne peut pas vivre sans son soleil. Moi, je ne veux pas vivre sans mon soleil.

J’ai des soleils de procuration, je me réchauffe à leur contact mais dès que je m’éloigne l’obscurité me reprend. Je me retrouve seule là, dans le noir, et j’attends. J’attends patiemment.
Je regarde le temps passer, ma vie défiler ; ce temps qui m’est si précieux, gâché.
Dans cette société où il faut être brillant, j’ai honte d’avouer que mon soleil s’est barré, que j’ai le mal du siècle, que mon spleen l’a flingué. Je dois retrouver ce feu intérieur, parce que c’est là où ils se planquent les soleils.
Non, en fait j’en peux plus d’attendre, j’ai besoin d’un dénouement. J’ai mal au cœur, j’ai la nausée.

Puis, il y a ton soleil à toi, un astre éblouissant qui me darde de ses rayons.
Je crois que tu n’en as pas conscience mais il est magnifique. Beau comme toi, surtout quand tu l’accompagnes de ton si joli sourire. On aurait pu te l’amocher ce soleil mais tu es resplendissant. Mais moi je t’offre quoi en échange de cette lumière ? et comment te remercier de ta patience infinie quand j’ai jeté la clé, que je suis enfermée à double tour avec ma colère et que toi, tu m’attends de l’autre côté de la porte en me réconfortant par tes mots ou que tu la défonces à la tendresse de tes bras pour me sortir de là.
J’ai besoin de mouvement, un souffle, du vent. Il chasserait les nuages et là, au plus profond de mon obscurité, je pourrais t’offrir la beauté des étoiles. Parce que, tu sais, peu importe qu’elle soit douce ou glacée, il n’y a que la nuit qu’on peut les voir, les étoiles.

Alors, si tu le veux, il y aura ton soleil pour illuminer nos jours et ma mélancolie pour bercer nos nuits. Tu seras la joie, je serais ta folie. Tu seras mon unicité, et moi ton autre un peu dispersé.

Quand ton soleil s’éveille, ma nuit s’endort ; rencontrons-nous au crépuscule ou à l’aurore et laissons les cieux rougir de nos plus beaux accords. J’ai perdu mon soleil, mais je sais que quand nous partageons le même horizon, née le plus beau des vermeils, la couleur des amants.

Et si tu le veux encore, parce qu’à force de l’arpenter je la connais cette nuit, je pourrais veiller sur les tiennes. Tu auras juste à me confier tes peines, et je les emmènerai dans l’obscurité loin de toi. Et même que je m’inventerai gardienne de ton sourire et de ta joie, je ferai tout pour qu’ils ne t’abandonnent pas, parce que tu ne le sais pas, ou du moins pas assez, mais ce sont mes éclaircies. De précieuses éclaircies.

Et si tu le veux toujours, ensemble, à tes côtés, avec toi, tous les deux, si jamais un beau matin ton soleil venait à se coucher auprès du mien, je te ferai une place dans ma brume et je nous apprendrais combien les nuits peuvent être douces.

(à P. – merci)

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1 Commentaire

  • Répondre Marie 15 avril 2017 at 12:12

    Magnifique

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